Une valorisation qui dépasse les attentes de Bercy
Le 24 septembre 2026, la valorisation de Mistral AI à 11,7 milliards d'euros marque un seuil symbolique pour la tech française. Ce chiffre, confirmé lors d'un tour de table mené par des investisseurs majoritairement américains et asiatiques, dépasse les projections initiales du ministère de l'Économie, qui tablait sur une fourchette de 8 à 10 milliards. La rapidité de cette croissance, moins de deux ans après la création de l'entreprise en mars 2024, pose une question centrale : l'État français, qui a injecté 2 milliards d'euros via le plan *France 2030*, peut-il encore peser face à des fonds comme Sequoia Capital ou Temasek, dont les participations dépassent désormais 30% du capital ? L'argument selon lequel ces capitaux étrangers sont nécessaires pour rivaliser avec les géants américains et chinois est recevable. Pourtant, il occulte un risque structurel : celui d'une dilution progressive des centres de décision, comme l'illustre le récent déménagement partiel des équipes de recherche de Mistral vers Palo Alto, officialisé en juin 2026.
Cette dynamique n'est pas isolée. Emilabs, spécialisée dans les modèles d'IA pour la santé, a levé 900 millions d'euros le même mois, avec une participation significative de fonds saoudiens. Ces mouvements de capitaux révèlent une contradiction au cœur de la stratégie française : comment concilier l'objectif affiché de souveraineté technologique avec une dépendance croissante aux investisseurs extra-européens ? Le rapport *Cap sur l'IA* publié par la Direction générale des entreprises en avril 2026 soulignait déjà ce paradoxe, notant que 68% des levées de fonds des startups françaises du secteur en 2025 impliquaient des acteurs non-européens. La réponse de Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, lors d'une audition à l'Assemblée nationale le 15 septembre 2026, a été sans ambiguïté : « La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit avec les partenaires qui partagent nos valeurs. » Une formule qui élude soigneusement la question des contreparties exigées par ces partenaires, notamment en matière de localisation des données ou de propriété intellectuelle.



