Un investissement qui dépasse les précédents records européens
Treize milliards d’euros. C’est le montant annoncé par Sundar Pichai, PDG de Google, lors d’une conférence de presse à Helsinki le 15 septembre 2026. L’investissement, destiné à doubler la capacité des data centers de Hamina, en Finlande, représente plus du double des 6 milliards engagés par Microsoft en Suède en 2023, ou des 4,5 milliards promis par Amazon Web Services en Allemagne en 2024. Ces chiffres ne sont pas anodins : ils placent la Finlande au cœur d’une compétition européenne pour attirer les infrastructures critiques du cloud, alors que l’Union européenne tente de réguler leur empreinte énergétique et leur localisation. La question n’est plus seulement technique, mais politique : qui fixe les règles du jeu, et qui en tire profit ?
Le choix de la Finlande n’est pas neutre. Le pays offre une électricité à 80 % décarbonée, grâce à son mix nucléaire et hydraulique, et des températures froides qui réduisent les coûts de refroidissement des serveurs. Mais surtout, il échappe aux tensions énergétiques qui frappent l’Europe continentale depuis 2022. Google ne cache pas cette logique : dans un communiqué, l’entreprise souligne que « la stabilité énergétique finlandaise permet de garantir une disponibilité à 99,99 % pour nos clients européens ». Une pique à peine voilée à la France, où les data centers subissent des restrictions d’approvisionnement en période de pointe, ou à l’Allemagne, où les prix de l’électricité restent parmi les plus élevés du continent. L’argument est recevable : pourquoi s’installer là où l’énergie est chère et incertaine ? Pourtant, il occulte un enjeu plus large : celui de la dépendance européenne aux infrastructures contrôlées par des acteurs extra-européens.
La Commission européenne, par la voix de Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive chargée de la concurrence, avait pourtant tenté de cadrer cette course aux data centers. Dans une communication du 12 mars 2025, intitulée « Une stratégie européenne pour les infrastructures numériques », elle insistait sur la nécessité de « localiser les données sensibles sur le territoire de l’UE » et de « garantir un accès souverain aux capacités de calcul ». Le texte, qui s’appuyait sur l’article 17 du Digital Services Act (DSA) et sur l’annexe II du règlement sur les données critiques, visait explicitement à limiter la concentration des infrastructures chez les géants américains. Mais les faits contredisent les intentions : en 2026, plus de 70 % des data centers européens sont détenus par Google, Microsoft et Amazon. La Finlande, en accueillant cet investissement massif, confirme que les États membres privilégient encore les retombées économiques immédiates à une stratégie européenne cohérente.



